Le bonheur chez Boisseau-Pomez

Pourtant, les affaires sont toujours là, à qui saura les dénicher. Tout le monde y trouve son compte, les rôles sont bien répartis, il y a les spécialistes de la vaisselle, du linge (c'est dingue le prix d'un torchon parfois...) ou des bouquins, par cartons entiers. Il vaut mieux avoir son véhicule garé pas loin, mais ce n'est guère possible en pleine ville, car à partir de 17h environ, ce sont des ventes de cartons complets. Vous devez acheter les 22 volumes de l'Encyclopédie Universalis pour avoir ce charmant napperon par exemple. Ça limite les velléités d'achat de ceux qui ne peuvent pas trop porter, c'est toujours des concurrents de moins...Heureusement, on s'arrange en coulisse, et l'acheteur des encyclopédie à 3€ recèdera le napperon à 2€ (sans les frais cette fois), c'est gagnant-gagnant.
J'y suis allé aujourd'hui, et je ne vous dirais pas que c'est une journée type, ça vous inciterait à venir trop souvent me concurrencer... Parfois je passe plusieurs ventes de suite sans rien acheter. Mais je ne m'ennuie jamais, je découvre toujours de nouveaux objets les plus improbables les uns que les autres. Et puis, entre acheteurs, on se fait pas trop monter les prix, c'est une question de fair-play. C'est rare de se battre sur une adjudication, on cède rapidement, y'a tellement de choses. On aurait vite rempli un grenier. Quand ça bataille, c'est soit un objet vraiment exceptionnel ou recherché (qu'est-ce qu'il fait là ? Il est pas « en haut » ?), soit simplement des touristes qui se piquent trop facilement au jeu. On entend alors la salle, bruissante de « il est fou, il a payé ça trop cher », toute entière tournée vers le « héros » du jour, content de sa petite victoire.
Ma victoire du jour, bien plus discrète mais néammoins éclatante (quoi ?), je vais vous la conter de ce pas. Rapidement, car en matière de vente aux enchère, il faut réagir vite et juste, et j'ai la chance de posséder les qualités requises (quoi ?). Et puis il se fait tard, je fais un blog, pas un roman, quoique j'en aurais les capacités (quoi encore, on n'a plus le droit de s'auto-congratuler ?). Bref, carton mis à prix 3€, contenant divers nécessaires de toilettes année 60, 2 napperons (si, si), une paire de chausson (usagée bien sûr), un ancêtre de nos bouilloires électriques (Calor Automatic en Duralinox, les spécialistes apprécieront et viendront chercher ce modèle oh combien rare et cher dans ma poubelle demain matin), une couverture d'agenda en croco (Trussardi), un tourne disque, un magneto cassette et un ampli. Jusque là, rien de bien excitant, l'ampli avait un bon look vintage quand même. Mais à cette distance, impossible de voir la marque. Finalement, le commissaire-priseur nous livre « c'est un Marantz, il est lourd ». J'enchéris, personne n'en veut, j'ai le tout pour 3,60€ avec les frais. Je me casse un peu le dos pour ramener le fatras dans ma voiture garée pas si proche.
Finalement, rentré chez moi, juste avant de vous écrire, je vois que le « tourne-disque » est en fait une platine vinyl THORENS...Je googlise "THORENS TD 150 / MK II" pour voir la cote. Ah bah ça se vend dans les 250€ sur Ebay quand même...Quand à l'ampli, il cote dans les 100€, mais celui-là, je le garde, il est de 1972, il a un look d'enfer, avec ses éclairages bleus.
Voilà, j'espère je vous ai donné envie de, vous aussi, goûter aux joies des ventes aux enchères. Des histoires comme ça j'en ai quelques autres, mais ça sera pour une prochaine fois....
PS: les 2 napperons, je les ai revendus à la sortie pour 2€ !